Le travail des enfants
Le travail des enfants au Burkina Faso
A Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, ils sont des milliers d’enfants entre 7 et 14 ans à travailler chaque jour pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur maman.
Dans le plus total anonymat, ces enfants démunis sont les victimes de ce qui est à la base une stratégie familiale de lutte contre la pauvreté.
Pourtant, c’est le plus souvent le seul moyen pour ces enfants de s’en sortir. Pour eux le pire est encore de ne pas avoir de travail. Parce que dans ce cas c’est la spirale infernale : la rue, la prostitution,…
Ici, le travail des enfants est d’abord une nécessité. C’est un mécanisme de solidarité familiale qui permet de survivre.
Quand l’école n’est pas obligatoire pour les enfants, c’est que le travail l’est.
Au Burkina Faso, beaucoup de parents n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école.
La stratégie de survie est totalement opposée à celle de l’enseignement. Dans les familles défavorisées on sélectionne celui qui ira à l’école.
Au Burkina comme dans d’autres pays d’ailleurs, être une fille est un obstacle supplémentaire. Une fille aura encore moins de chance d’aller à l’école qu’un garçon.
A Ouagadougou, la position sociale des enfants s’évalue sur une sorte d’échelle de la pauvreté, allant du plus pauvre au plus riche en fonction de l’activité pratiquée:
Tout en bas de l’échelle on trouve les enfants de la rue alors que tout en haut se situent les enfants qui fréquentent les écoles privées (le must étant le lycée français). Aux échelons intermédiaires, on rencontre toute une série de petits jobs.
Echelle non exhaustive: enfant de la rue – ramasseur de déchets recyclables – ramasseur de sable – bonne – vendeur – mécanicien – écolier à l’école publique – écolier dans une école privée.
Précisons encore que parmi les vendeurs il existe aussi des échelons bien distincts. Tout est hiérarchisé et chacun connaît très bien sa place. Les enfants plus riches ne vont jamais vendre des arachides, et les enfants qui vendent des arachides n’ont souvent pas été à l’école. S’ils font un commerce, les enfants des riches ouvriront plutôt une échope, ou alors ils vendront du « bissap » (jus de fleurs d’hibiscus) ou de la glace chez eux. En tout cas on ne les verra pas marcher dans la rue en transpirant avec un plateau sur la tête.
« Ici, on te respecte, on t’écoute si tu as de l’argent, une voiture, une belle maison, pas si tu es une bonne ou une vendeuse d’arachides. On va même se moquer de toi, mal te parler, te menacer même en te payant. On va te crier
- Eh, l’enfant d’arachide, l'enfant de lotus, etc. C’est pour se moquer."
Le scandale n’est pas tant le travail des enfants, le scandale c’est la pauvreté.
Ce qu’on trouve scandaleux pour nos enfants ne l’est pas forcément dans une famille nécessiteuse. Dans les familles défavorisées du Burkina, envoyer des enfants au travail est tout à fait normal, et en plus, c’est souvent vital.
Mais on en parle rarement dans ces termes. Les pays montrés du doigt préfèrent minimiser ou cacher le phénomène vis-à-vis de nos pays riches qui préconisent l’interdiction du travail des enfants. On propose des lois et des sanctions, mais pas de remèdes adaptés. Le dialogue se ferme.
Il faut développer la connaissance des réalités économiques et culturelles. Il faut apprendre à distinguer les véritables formes d’esclavage des mécanismes traditionnels de survie dans des pays ou la famille agrandie est l’unique forme de sécurité sociale.
Il existe un cadre juridique ? des lois pour protéger les enfants ?
La loi est très claire. Les enfants en dessous de 12 ans n’ont pas le droit de travailler. Quand aux enfants de 12 à 15 ans, ils peuvent être « mis en service », çàd travailler chez une famille d’accueil comme domestique. Mais en fait les patrons doivent leur donner un logement, les nourrir, les laisser dormir 10h/nuit, leur donner 1 jour de repos hebdomadaire, et leur permettre d’aller à l’école. Mais dans les faits cela se trouve extrêmement rarement.
Donc il y a un cadre juridique mais qui n’est pas respecté.
Généralement ce sont les plus démunis qui sont en difficultés dans ces situations-là.
Une loi qui interdit le travail des enfants
n’est aujourd’hui pas applicable au Burkina Faso.
Nous pensons qu’il faut partir du principe que les enfants ne devraient pas travailler dans le secteur économique et que leur place est à l’école. Mais en raison de certaines réalités économiques, il faut tolérer le travail qui permet à l’enfant de participer à la vie sociale de la famille tout en lui assurant une garantie d’éducation. Mais il faut bannir le travail destructeur des enfants (esclavage, prostitution, enfants soldats,…).
« Mieux vaudrait une loi contre la polygamie et l’irresponsabilité des hommes », nous confie une mère.
Pour protéger les enfants du travail, il faudrait plus de respect des femmes. Elles ne se séparent pas de leur enfant de gaieté de cœur. Elles se retrouvent piégées, manipulées, souvent à l’intérieur même des grandes familles, par un oncle, une tante,… qui leur font des promesses.
(suite mère) : « Les femmes africaines souffrent beaucoup. Elles sont beaucoup maltraitées par les hommes. Elles ne sont même pas considérées. Il faudrait amener les hommes à donner un peu de valeur aux femmes.
Si on réussi à amener les hommes à respecter les femmes, je sais que nos enfants aussi seront sauvés. Ils ne seront plus dans la rue. A ce niveau il faudrait trouver une solution. »
Beaucoup d’enfants travaillent pour leurs parents directs ou pour une tante ou un oncle. D’autres fuient des conditions de vie trop précaires et travaillent pour eux-mêmes, dans l’espoir d’améliorer leur quotidien. Certains encore travaillent pour apprendre un métier. Parmi ces enfants, beaucoup sont ainsi envoyés dans une autre famille où ils devront travailler.
Les enfants déplacés
C’est l’histoire d’un scandale silencieux, d’un tabou, étouffé par la résignation et la complicité des familles. Il n’est pas rare d’entendre des promesses : on te payera l’école, tu porteras de beaux vêtements et on t’achètera des plats pour ton mariage. « On te flatte avec un bonbon, un biscuit. Ta maman ne peut pas t’en donner, alors tu es d’accord de changer de famille. »
C’est ainsi que bon nombre d’enfants des villages, des filles principalement, sont séparés de leurs parents pauvres et emmenés en ville chez un oncle ou une tante, parfois très éloigné. Là, ils devront travailler, généralement comme boy ou comme bonne, pour gagner le droit d’être nourris et habillés à la citadine.
Et cela arrange finalement tout le monde.
Les parents nécessiteux qui ont trop d’enfants à nourrir sont contents d’offrir la chance d’une vie meilleure à leur enfant. Les oncles et tantes plus aisés sont heureux de disposer à leur guise d’une petite bonne qui fera tous les travaux ménagers pour un coût dérisoire. Et les enfants trop petits ne se rendent souvent pas compte de la duperie. Ils se réjouissent des petits cadeaux.
Ce n’est qu’en grandissant que l’enfant prendra conscience de sa situation et ne voudra plus faire tout ce qu’on lui demande. Mais en attendant, il est très facile pour les adultes de profiter de son innocence et de sa naïveté.
De plus, bon nombre de ces enfants déplacés sont maltraités, frappés systématiquement.
Esclavage camouflé dans le secret des familles
« Même si ma mère était pauvre, j’aurais préféré vivre avec elle, car elle est ma mère. », nous dit une jeune fille. L’engrenage de la servitude est très difficile à rompre dans une société africaine très codifiée, où l’on doit le respect à la famille du mari, à l’homme plutôt qu’à la femme, au plus âgé, et aussi au plus riche, même s’il est seulement un peu moins pauvre. C’est pourquoi même les parents directs ont parfois du mal à reprendre leur enfant s’ils apprennent qu’il est maltraité.
Les dangers et dérives d’une tradition
De nos jours, les traditions villageoises ancestrales se heurtent aux mirages et aux dérives de la civilisation urbaine :
Au Burkina Faso il y a le monde rural, paysan, qui a toujours utilisé la main d’œuvre des enfants. Mais il y a un environnement social, familial, villageois qui respecte les enfants.
En ville cet environnement, ce tissus social, familial, est éclaté, et toutes les dérives sont possibles, liées aux tentations qui s’avèrent vite inaccessible aux jeunes défavorisés.
Sans éducation scolaire dans ce monde urbain, sans barrière, aux portes des frustrations matérielles engendrées par l’indécence de la mondialisation, le prix des joueurs de foot, etc., l’enfant est en danger et les parents ne savent plus anticiper ces dangers, ils ne les ont pas connus et sont occupés à leur propre survie économique.
Ces dérives sont bien connues. Elles ont pour nom : exploitation, traffic des enfants, maltraitance, prostitution, drogue, enfants soldats (via le Nigéria ou la Côte d’Ivoire voisine), autant de fléaux qui guettent les jeunes Burkinabés d’aujourd’hui.
Les espoirs
Heureusement, certains des enfants qui travaillent s’en sortent bien. Il leur faut beaucoup de courage, de persévérance, de chance aussi. L’obstacle principal c’est la pauvreté, et tout ce qui s’y rattache : les mauvais payeurs, les profiteurs, les exploiteurs, la corruption…
Une meilleure prise de conscience par les parents et les autorités des dangers inhérents au monde d’aujourd’hui constitue un bon point de départ pour faire évoluer les mentalités.
L’espoir, c’est aussi de voir la société burkinabée et l'Etat s’ouvrir vers un plus grand respect des enfants défavorisés, et leur garantir un minimum de bien-être et d’éducation.
Les actions
Il faut rendre l’école obligatoire et accessible à tous. En éliminant les frais de scolarité, on peut faciliter l’accès à l’école pour les enfants issus de milieux défavorisés, surtout les filles, plus souvent écartées de l’enseignement, et enrayer ainsi sensiblement le développement de la pauvreté.
Il faut donner aux enfants le bagage nécessaire pour exprimer leur talent, vaincre la misère et dire non à l’exploitation.
L’éducation et la formation jouent un rôle central dans la lutte contre la pauvreté et comme moyen de développement des pays du Sud. Il faut absolument augmenter les ressources consacrées à l’enseignement primaire pour permettre à tous les enfants d'y avoir accès, tout en améliorant la qualité des systèmes éducatifs.
Avant d’interdire le travail des enfants, il faudrait interdire la pauvreté, rendre l’école obligatoire et accessible à tous.
Les investissements dans le bien-être des enfants et le respect de leurs droits sont les meilleurs investissements qu’une communauté puisse envisager.
Si les enfants sont les premières victimes directes de la pauvreté, ils sont aussi ceux qui feront la société de demain. Et s’ils doivent se passer d’une éducation de base et de soins de santé primaires, ils seront aussi, en tant qu’adultes, moins émancipés et moins capables de s’exprimer, et ne posséderont pas les connaissances, les compétences et les réflexes nécessaires pour émanciper à leur tour leurs enfants. La pauvreté se transmet ainsi de génération en génération : c’est un cercle vicieux qui doit être rompu par les générations les plus jeunes.
Dunia Zâlem
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